Qu’allons-nous dessiner déconfinés ?

Le XXe siècle a commencé après la Première Guerre Mondiale et la Grippe Espagnole. Peut-être faudra-t-il en finir avec cette crise sanitaire pour que débute réellement le XXIe. Chacun aura compris que nos repères et nos priorités changent. Nous ne pourrons pas, dans le monde d’après, repartir en avant comme avant…

Tenus isolés, loin des amis, loin des stimuli, des signes et de l’effervescence qui font le sel de notre condition, quel monde déconfiné et convalescent allons-nous dessiner ? De quoi témoignerons-nous donc dans les mois qui viennent et sans doute au-delà ?

De tensions complexes et complémentaires, d’un désir de liberté, de légèreté et de douceur pour passer à autre chose, de l’urgence de remettre en route les industries culturelles, les théâtres, les cinémas et des pans entiers de l’économie, mais aussi tout simplement du désir et de la nécessité d’exercer à nouveau pleinement nos métiers avec enthousiasme et responsabilité.

Alors, en consultant çà et là les oracles de la tendance et les gourous du style, à force d’expérience et d’intuition, on se risque à des hypothèses et on formule des vœux…

D’abord, il y aura de la fraîcheur et de la joie dans nos productions créatives. Il y aura la 3D et ses assauts de technologie pimpante et jubilatoire comme un gâteau à la crème. Il y aura du foisonnement et de la générosité pour conjurer l’abstinence à laquelle nous avons été contraint.

Nous ferons signe d’optimisme avec de l’éclat, de la couleur, de la vivacité et du mouvement pour raconter des histoires qui donnent de l’espoir. Nous convoquerons l’imaginaire romantique et désuet d’un monde d’avant idéalisé, l’illustration vintage et les codes récessifs comme autant de témoignages rassurants, comme alternative pour renvoyer au monde d’avant l’impeccable Style International et son Helvetica Black qui colonise et vitrifie des pans entiers de l’expression visuelle. Nous renoncerons peu à peu à ce simplisme guidé par la technologie et la taille de nos écrans de smartphones, car à force de tout supprimer, il ne restera plus rien du charme de l’imperfection, plus rien du design, plus rien de la chair des émetteurs et des marques.

Nous nous aventurerons sur des terrains post-modernes et baroques, dès que cela fera du sens. Et qui sait si les sérifs et autres enrichissements typographiques reprendront les couleurs dont la puissante École d’Ulm avait fait l’économie.

Mais attention, il faudra de la clarté, de la puissance et de la lisibilité pour aider les publics à faire face à la complexité du monde, pour éclairer les faits, pour combattre et argumenter pied à pied contre les tenants de la post-vérité. Belle responsabilité pour les graphistes et les designers !

Et nous passerons encore un peu plus de temps sur nos écrans…

Si l’ascèse devenue banale du flat Design va à son tour rendre l’âme (comme une interprétation extrême du fonctionnalisme), ses principes demeureront pour que le graphisme fasse son travail d’accessibilité et d’inclusion.

Alors, nous naviguerons avec fluidité et évidence partout où la sérendipité nous conduit.

Nous serons invités à aider les institutions et les entreprises à reprendre langue auprès de leurs publics et à donner à lire leur transformation. Il faudra des codes qui assoient leur légitimité comme reflet de leur raison d’être et de leurs engagements, des signes qui accompagneront sans effet de manche leurs nouveaux discours. Il faudra résister à la logique de l’excès qui a prévalu durant plus d’un demi-siècle de marketing : moins d’éclatés orange, moins de superlatif et de grandiloquence, d’imagerie débilitante, bien plus de tempérance, d’équilibre et de sincérité. Ce seront les nouvelles raisons d’y croire.

De la structure : beaucoup.

De la fantaisie : énormément.

De ce point de vue, nous sommes en France à la bonne place ;)
Créatifs-créateurs, designers autant que citoyens, acteurs des industries culturelles, nous serons aux premières loges de cette énergie nouvelle. Nous aurons plus que jamais, dans les années qui viennent, à dessiner à dessein une vision positive de l’avenir et à inventer l’esthétique de cette renaissance.

Beaucoup de pain sur nos planches !

Gilles Deléris, Fondateur et Directeur de la Création, W

W is an agency that imagines strategic and creative solutions to make brands a vehicle for transformation and business.

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