Correspondance de Valentin Baumont à Denis Gancel et Gilles Deléris

Paris 19e, le 14 mai 2020

Cher Gilles, cher Denis, chers amis contributeurs à cette correspondance de confinés inspirants.

En préambule

J’aimerais vous informer que les touches de mon clavier ne sont essentiellement usées que sur les raccourcis utiles sur Illustrator et qu’avec la barre d’émojis j’aurais pu vous raconter pleins de choses ! Je vous demande donc par avance la plus grande clémence !

Ceci dit…

Après tout, n’est-ce pas le moment d’être enthousiaste ?

D’ouvrir le champ des possibles ?

Dès aujourd’hui, il faut se mettre en ordre de mouvement pour faire de demain quelque chose de Contributing®, de collectif, d’utile, de durable, de cultivé, d’agréable, de beau.

Donc, j’ai décidé aujourd’hui de me risquer à ouvrir la cocotte en papier.

Raturer, questionner le format de vie dans lequel notre génération a été conditionnée pour rentrer dans le moule…

Pré-Covid peu d’options possibles…

Nous avons tous déjà essayé de résoudre cette équation :

(CARRIÉRISTE / J’AI PLUS DE VIE) = ( (X) / J’AI UNE VIE)

Gilles, Denis, je nous revois encore en workshop à l’école Intuit Lab, nous interrogeant avec les étudiants sur : comment faire agence demain ?

Dans les anciens studios de « C’est pas sorcier » ! Cela ne s’invente pas.

Alors Jamy, qu’est-ce qu’on garde ? Qu’est-ce qu’on jette ?

1 ) Commençons par tirer les enseignements du confinement.

Sur le plan humain

Le confinement a renversé totalement notre quotidien.

Avant mars / métro, boulot, dodo.

Depuis mars / vie de famille, télétravail, dodo.

Côté pro / Nous avons remplacé le métro par du temps à la maison et transformé nos habitudes de travail. Nous avons troqué des rapports réels avec nos collègues par des visios.

Côté perso / les coups de fil et SMS à la maison par des déjeuners en commun < 3 Perso je kiffe.

Nous sommes passés d’un extrême à un autre.

La virtualité a changé de camp !

Certes la technologie nous rend bien des services mais rien n’est plus efficace qu’un croquis sur un paperboard avec les intéressés autour d’une vraie table. Tourner son écran pour dire :

- « T’as vu ? T’en penses quoi ? »

Nous passons beaucoup de temps à expliquer, réexpliquer plutôt qu’à chercher ensemble !

Dans une réunion, le groupe est un cerveau à part entière, donc une force vive supplémentaire.

Étonnamment le fait d’être éloigné physiquement nous rapproche.

Les vidéos call nous rendent plus intimes, nous nous croisons de plus en plus en one to one. Le Covid offre la sensation que la famille W traverse une histoire très intense de manière soudée. Que nous faisons partie d’un clan qui surmontera demain plus facilement les obstacles.

Derrière chaque malheur se cache un bonheur…

Ces événements me font penser tout de suite à notre écosystème de free-lances et partenaires externes. Nos rapports avec le monde de la création en général ainsi qu’au monde plus large de l’art, tout est en hibernation total.

Le repli sur soi est impossible !

Sur le plan business

#chaqueactecompte

On ne se souviendra que des actes, pas des commentaires.

« Certaines personnes donneraient mal à la tête à une boîte de Doliprane. » Louise Bourgeois.

Malheureusement j’observe encore beaucoup trop de brassage d’air… pour rien… Des présentations pour dire qu’on va faire, mais qu’on ne sait pas comment, des e-mails pour dire qu’on devrait faire… Faisons direct non ? Convenons que nous nous trompons ensemble, cela nous fera avancer plus vite !

Il n’y a que l’idée qui compte

Be quick and dirty, avec Teams, Zoom, la visio en général… Rien ne sert de trop crafter pour faire passer une idée.

De toute manière, la restitution est bien trop conditionnée par l’âge du moniteur du client.

Avec un peu de recul maintenant… La course à la présentation toujours plus finalisée, toujours plus incroyable, toujours plus HD est désespérante.

C’est l’idée qui compte, rien que l’idée.

Simple is better

À distance il est difficile de raconter son idée à moins qu’elle soit claire, simple et courte à expliquer (entre les enfants qui hurlent et la friture sur la ligne, difficile de passionner son auditoire et difficile de garder les gens concentrés).

Au-to-no-mie

Dans mes débuts, mon mentor m’a toujours dit :

- « Valentin, dans ta vie de créatif, si tu veux être un bon Directeur Artistique, pars du principe qu’on ne te demandera jamais rien. C’est à toi de proposer, c’est à toi de donner la direction, de définir un Brief idéal. »

Face à nos écrans d’ordinateurs, seul à la maison, il me semble que cela fait sens. Avant de diffuser, il faut avoir préparé, il faut synthétiser, il faut être clair. Impossible désormais de ne pas avoir une idée à défendre et de simplement montrer des jolies images.

Peut-être un retour de l’écrit ?

2) QUID de l’après COVID dans la création ?

Sur le plan business

N’oublions pas que les créatifs d’agence sont des artisans.

Donc arrêtons de vouloir marier :

(EXCELLENCE + BAISSE DES PRIX) = (VITE FAIT + BIEN FAIT)

Peut-être moins mais mieux alors ?

Sur l’organisation hiérarchique

Un organigramme beaucoup plus horizontal serait la suite logique et la suite solidaire. Nous avons tous plus que jamais besoins les uns des autres.

Les créatifs sont de plus en plus autonomes.

Le confinement n’a empêché personne de devenir meilleur, bien au contraire, mais « simplement » de sortir ! Nous avons tous gagné en libertés professionnelles ; ça ne se reprend pas j’imagine ?

Un retour à des rapports sobres et bienveillants est en cours ?

Sur l’espace de travail

Si le Covid 19, au-delà de dégager l’open space, nous faisait revoir complètement notre manière de travailler ?

- un lieu bien sûr où il est possible de travailler !

- un lieu où on fait du sport

- où l’on peut dormir, se reposer

- où l’on fête

- où l’on peut inviter

- où l’on fait vivre son réseau

- où l’air est pur

- où les fenêtres sont ouvertes au vivre ensemble

Sur l’équilibre vie pro / vie perso

(VIE PRO / VIE PERSO) + (CONTRAINTES PRO / CONTRAINTES PERSO) = (X)

Je me suis réveillé ce matin avec le rêve de travailler en mode petites ruches à droite à gauche. DONC OUI à une décentralisation heureuse où l’on prendrait plaisir à prendre un train, un métro, un vélo pour se réunir, travailler quand vraiment c’est nécessaire.

Grasse est la capitale du parfum pour des raisons climatiques et géographiques…

Bordeaux la capitale des vins pour peu ou prou les mêmes raisons…

Paris est la plus belle ville du monde… OK !

Si Paris est la capitale de la mode, est-ce encore à la mode de tout concentrer à Paris ?

La Curiosité ! l’Envie ! la passion Bordel ! (avec la voix de Gérard Depardieu).

PARIS — LONDON — NEW YORK

Et demain…

PARIS — PERPIGNAN — HERMANVILLE — LONDON — NANTES — BORDEAUX — LILLE — NEW YORK…

En attendant d’avoir la solution…

OPEN — YOUR — MIND

Valentin Baumont

W is an agency that imagines strategic and creative solutions to make brands a vehicle for transformation and business.

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